• Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,

    Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,

    Je vois se dérouler des rivages heureux

    Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

     

    Une île paresseuse où la nature donne

    Des arbres singuliers et des fruits savoureux;

    Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,

    Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

     

    Guidé par ton odeur vers de charmants climats,

    Je vois un port rempli de voiles et de mâts

    Encor tout fatigués par la vague marine,

     

    Pendant que le parfum des verts tamariniers,

    Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,

    Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


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  • Les chats.

     

     

    Les amoureux fervents et les savants austères

    Aiment également, dans leur mûre saison,

    Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,

    Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

     

    Amis de la science et de la volupté

    Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;

    L'Erèbe*les eut pris pour ses coursiers funèbres,

    S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

     

    Ils prennent en songeant les nobles attitudes

    Des grands sphinx allongés eu fond des solitudes,

    Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;

     

    Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,

    Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,

    Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

     

    *Personnification mythologique des ténèbres.


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  • Le Chat

    II

     

    De sa fourrure blonde et brune

    Sort un parfum si doux, qu'un soir

    J'en fus embaumé, pour l'avoir

    Caressée une fois, rien qu'une.

     

    C'est l'esprit familier du lieu;

    Il juge, il préside, il inspire

    Toutes choses dans son empire;

    Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

     

    Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime

    Tirés comme par aimant,

    Se retournent docilement

    Et que je regarde en moi-même,

     

    Je vois avec étonnement

    Le feu de ses prunelles pâles,

    Clairs fanaux, vivantes opales,

    Qui me contemplent fixement.


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  • Le chat

    I

     

    Dans ma cervelle se promène,

    Ainsi qu'en son appartement,

    Un beau chat, fort, doux et charmant.

    Quand il miaule, on l'entend à peine,

     

    Tant son timbre est tendre et discret;

    Mais que sa voix s'apaise ou gronde,

    Elle est toujours riche et profonde.

    C'est là son charme et son secret.

     

    Cette voix qui perle et qui filtre

    Dans mon fond le plus ténébreux,

    Me remplit comme un vers nombreux

    Et me réjouit comme un philtre.

     

    Elle endort les plus cruels maux

    Et contient toutes les extases;

    Pour dire les plus longues phrases,

    Elle n'a pas besoin de mots.

     

    Non, il n'est pas d'archet qui morde

    Sur mon coeur, parfait instrument,

    Et fasse plus royalement

    Chanter sa plus vibrante corde,

     

    Que ta voix, chat mystérieux,

    Chat séraphique, chat étrange,

    En qui tout est, comme en un ange,

    Aussi subtil qu'harmonieux !

     

     


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  • Suite au confinement, plus de sorties, plus de photos.

    Je publierai donc des poèmes jusqu'à nouvel ordre.

     

    Le chat.

     

    Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux;

    Retiens les griffes de ta patte,

    Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,

    Mêlés de métal et d'agate.

     

    Lorsque mes doigts caressent à loisir

    Ta tête et ton dos élastique,

    Et que ma main s'enivre du plaisir

    De palper ton corps électrique,

     

    Je vois ma femme en esprit. Son regard

    Comme le tien, aimable bête,

    Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

     

    Et, des pieds jusques à la tête,

    Un air subtil, un dangereux parfum

    Nagent autour de son corps brun.

     

    (Les Fleurs du Mal 1857 )

     


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