• C'est ici la case sacrée

    Où cette fille très parée,

    Tranquille et toujours préparée,

     

    D'une main éventant ses seins,

    Et son coude dans les coussins,

    Ecoute pleurer les bassins ;

     

    C'est la chambre de Dorothée.

    - La brise et l'eau chantent au loin

    Leur chanson de sanglots heurtée

    Pour bercer cette enfant gâtée.

     

    Du haut en bas, avec grand soin,

    Sa peau délicate est frottée

    D'huile odorante et de benjoin.

    - Des  fleurs se pâment dans un coin.


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  •  

    Les amoureux fervents et les savants austères

    Aiment également, dans leur mûre saison,

    Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,

    Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

     

    Amis de la science et de la volupté

    Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;

    L'Erèbe *les eût pris pour ses coursiers funèbres,

    S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

     

    Ils prennent en songeant les nobles attitudes

    Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,

    Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

     

    Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,

    Et de parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,

    Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

     

     

    *Personnification mythologique des ténèbres infernales.


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  • Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;

    Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,

    Qui d'une main distraite et légère caresse

    Avant de s'endormir le contour de ses seins,

     

    Sur le dos satiné des molles avalanches,

    Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,

    Et promène ses yeux sur les visions blanches

    Qui montent dans l'azur  comme des floraisons.

     

    Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,

    Elle laisse filer une larme   furtive,

    Un poète pieux, ennemi du sommeil,

     

    Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,

    Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,

    Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.


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  • Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;

    Retiens les griffes de ta patte,

    Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,

    Mêlés de métal et d'agate.

     

    Lorsque mes doigts caressent à loisir

    Ta tête et ton dos élastique,

    Et que ma main s'enivre du plaisir

    De palper ton corps électrique,

     

    Je vois ma femme en esprit.  Son regard

    Comme le tien, aimable bête,

    Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

     

    Et, des pieds jusques à la tête,

    Un air subtil, un dangereux parfum

    Nagent autour de son corps brun.

     

     

     


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  • L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose

    Avec des coussins bleus.

    Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose

    Dans chaque coin moelleux.

     

    Tu fermeras l'œil, pour ne point voir, par la glace,

    Grimacer les ombres des soirs,

    Ces monstruosités hargneuses, populace

    De démons noirs et de loups noirs.

     

    Puis tu te sentiras la joue égratignée...

    Un petit baiser, comme une folle araignée,

    Te courra par le cou...

     

    Et  tu me diras : "  Cherche ! ", en inclinant la tête,

    - Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

    - Qui voyage beaucoup...


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