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    Je suis le chat de cimetière,

    De terrain vague et de gouttière,

    De Haute-Egypte et du ruisseau

    Je suis venu de saut en saut.

     

    Je suis le chat qui se prélasse

    A l'instant où le soleil passe.

    Dans vos jardins et dans vos cours

    Sans avoir patte de velours.

     

    Je suis le chat de l'infortune,

    Le trublion du clair de lune

    Qui vous réveille dans la nuit

    Au beau milieu de vos ennuis.

     

    Je suis le chat des maléfices

    Condamné par le Saint -Office;

    J'évoque la superstition

    Qui cause vos malédictions.

     

    Je suis le chat qui déambule

    Dans vos couloirs de vestibules,

    Et qui fait ses petits besoins

    Sous la porte cochère du coin.

     

    Je suis le félin bas de gamme.

    La bonne action des vieilles dames

    Qui me prodiguent le ron-ron

    Sans souci du qu'en dira-t-on.

     

    Epargnez-moi par vos prières

    Le châtiment de la fourrière

    Où finissent vos émigrés

    Sans demeure et sans pedigree.

     

    Les chansons  du chat noir.


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  • Je suis le chat de ton quartier

    On me dit abandonné.

    Ne cherche pas à m'attraper

    Car mes griffes sont acérées.

    Je me promène sur les toits

    Qu'il fasse nuit,  qu'il fasse froid.

    Je n'ai pas peur de tomber

    Car la lune sait me guider.

    Pour manger au restaurant

    Je n'ai pas besoin d'argent.

    Je me sers dans les poubelles

    Et ne fais jamais la vaisselle.

    Je suis le chat de ton quartier

    On me dit abandonné

    Ca ne me fait pas pleurer

    Car mon nom est Liberté.

     

     


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  • Si vous êtes digne de son affection,  un  chat   deviendra votre   ami  mais jamais votre esclave.

                         Théophile Gautier.

     

    J'aime les chats parce que j'aime ma maison et qu'ils  en deviennent peu à peu l'âme visible.

                          Jean Cocteau.

     

    Peu importe que le chat soit gris ou noir pourvu qu'il attrape les souris.

                           Teng Siao Ping Deng Xiaoning

     

    Les chats sont les tigres des pauvres diables.

                           Théophile Gautier

     

    Ce regard du chat, profond, mystérieusement investigateur,   presque inquiétant par sa fixité, cet  œil ouvert  sur vous comme un appareil qui prend votre image,  doit faire penser  que les chats  sont de meilleurs jugeurs des gens  qui les approchent que les chiens.

                              Edmond et Jules de Goncourt.

     

    Il circule comme il lui plaît, visite   son domaine à son gré,  peut  se coucher dans tous les lits,  tout voir et tout entendre, connaître tous les secrets, toutes   les habitudes ou  toutes les hontes de la maison.  Il est chez lui partout,  pouvant entrer partout, l'animal qui passe sans bruit,   le silencieux  rôdeur,  le promeneur nocturne des murs  creux.

                              Guy de Maupassant.

     


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    Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,

    Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;

    Je veux longtemps plonger mes doigts  tremblants

    Dans l'épaisseur de ta crinière lourde ;

     

    Dans tes jupons remplis de ton parfum

    Ensevelir ma tête endolorie,

    Et respirer, comme une fleur flétrie,

    Le doux relent de mon amour défunt.

     

    Je veux dormir ! dormir plutôt que vivre !

    Dans un sommeil aussi doux que la mort,

    J'étalerai mes baisers sans remord

    Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

     

    Pour engloutir mes sanglots apaisés

    Rien ne vaut l'abîme de ta couche;

    L'oubli puissant habite sur ta bouche,

    Et le Léthé* coule dans tes baisers.

     

    A mon destin,  désormais mon délice,

    J'obéirai  comme un prédestiné;

    Martyr docile, innocent condamné,

    Dont la ferveur attise le supplice,

     

    Je sucerai, pour noyer ma rancœur,

    Le népenthès** et la bonne ciguë

    Aux bouts charmants de cette gorge aiguë

    Qui n'a jamais emprisonné de cœur.

     

    * Fleuve des Enfers.

    ** Breuvage magique propre à dissiper la mélancolie et à provoquer l'oubli.


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  • La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,

    Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,

    Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur

    Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

     

    Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,

    Ce monde rayonnant   de métal et de pierre

    Me ravit en extase, et j'aime à la fureur

    Les choses où le son se mêle à la lumière.

     

    Elle était donc couchée et se laissait aimer,

    Et du haut du divan elle souriait d'aise

    A mon amour profond et doux comme la mer,

    Qui vers elle montait  comme vers sa falaise.

     

    Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,

    D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,

    Et la candeur unie à la lubricité

    Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

     

    Et son bras et sa jambe, et  sa cuisse et ses reins,

    Polis comme   de l'huile, onduleux  comme un cygne,

    Passaient devant mes yeux  clairvoyants et serins ;

    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

     

    S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,

    Pour troubler le repos où mon âme  était mise,

    Et pour la déranger du rocher de cristal

    Où, calme et solitaire, elle s'était assise. 

     

    Je croyais voir unis par un nouveau dessin

    Les hanches de l'Antiope* Au buste d'un imberbe,

    Tant sa taille faisait ressortir son bassin.

    Sur ce  teint fauve et brun, le fard était superbe !

     

    -  Et   la lampe s'étant résignée à mourir,

    Comme le foyer seul illuminait la chambre,

    Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,

    Il inondait de sang  cette peau couleur d'ambre !

     

     

    *Fille du roi de Thèbes séduite par Zeus

     

     

     

     


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