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Charles Baudelaire : Les bijoux.

par MFdu13aix

La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,

Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,

Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur

Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

 

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,

Ce monde rayonnant   de métal et de pierre

Me ravit en extase, et j'aime à la fureur

Les choses où le son se mêle à la lumière.

 

Elle était donc couchée et se laissait aimer,

Et du haut du divan elle souriait d'aise

A mon amour profond et doux comme la mer,

Qui vers elle montait  comme vers sa falaise.

 

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,

D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,

Et la candeur unie à la lubricité

Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

 

Et son bras et sa jambe, et  sa cuisse et ses reins,

Polis comme   de l'huile, onduleux  comme un cygne,

Passaient devant mes yeux  clairvoyants et serins ;

Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

 

S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,

Pour troubler le repos où mon âme  était mise,

Et pour la déranger du rocher de cristal

Où, calme et solitaire, elle s'était assise. 

 

Je croyais voir unis par un nouveau dessin

Les hanches de l'Antiope* Au buste d'un imberbe,

Tant sa taille faisait ressortir son bassin.

Sur ce  teint fauve et brun, le fard était superbe !

 

-  Et   la lampe s'étant résignée à mourir,

Comme le foyer seul illuminait la chambre,

Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,

Il inondait de sang  cette peau couleur d'ambre !

 

 

*Fille du roi de Thèbes séduite par Zeus

 

 

 

 

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