Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Poème : Arthur RIMBAUD (1854-1891) : Les effarés

par MFdu13aix

Noirs dans la neige et dans la brume,

Au grand soupirail qui s'allume,

          Leur dos en rond,

 

A genoux, cinq petits - Misère! -

Regardent le boulanger faire

          Le lourd pain blond.

 

Ils voient le fort bras blanc qui tourne

La pâte grise et qui l'enfourne

          Dans un trou clair.

 

Ils écoutent le bon pain cuire.

Le boulanger au gras sourire

          Grogne un vieil air.

 

Ils sont blottis, pas un ne bouge

Au souffle du soupirail rouge

          Chaud comme un sein.

 

Quand pour quelque médianoche

Façonné comme une brioche

          On sort le pain,

 

Quand, sous les poutres enfumées,

Chantent les croûtes parfumées

          Et les grillons,

 

Que ce trou chaud souffle la vie,

Ils ont leur âme si ravie

          Sous leurs haillons,

 

Ils se ressentent si bien vivre,

Les pauvres Jésus pleins de givre,

          Qu'ils sont là tous

 

Collant leurs petits museaux roses

Au treillage, grognant des choses

          Entre les trous,

 

Tout bêtes, faisant leurs prières

Et repliés vers ces lumières

          Du ciel rouvert

 

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte

Et que leur chemise tremblote

          Au vent d'hiver.

Voir les commentaires